
Notre poids est-il un bon indicateur de santé ?
Pour notre santé, nous devons parfois "perdre du poids", mais à quel point notre santé est-elle liée à notre poids ? Est-ce un révélateur de notre santé globale ?
Avec Florent Viossat, kinésithérapeute et ostéopathe. Animé par Antoine Conegero.
Transcription de l'épisode25 prises de parole
Générique
Bienvenue à vous, merci de nous rejoindre dans ce nouveau podcast Predicta.
Antoine
Bonjour à tous, bienvenue dans ce podcast. Notre thème du jour est notre poids. Est-il un bon indicateur de santé ? Pour répondre à cette question, je reçois Florent Viossat qui est kinésithérapeute et ostéopathe. Florent, bonjour.
Florent
Bonjour Antoine.
Antoine
Alors, ma première question est la suivante. Pourquoi est-ce qu'on s'intéresse au poids quand on parle de santé ?
Florent
Eh bien, en premier lieu, c'est parce que tous les cabinets de médecine, ou presque, sont équipés d'une balance. Donc en fait, c'est un indicateur très simple à recueillir. Et des études ont montré qu'il avait un lien avec la santé. Ces études en santé publique, elles ont lieu pour essayer de comprendre ce qui peut nous permettre de mieux vivre et de vivre plus longtemps. Par exemple, il y a une étude historique qui s'appelle l'étude de Framingham qui date de 1948. C'est le nom d'une ville du Massachusetts où on a étudié des milliers de gens sous tous leurs aspects pour essayer de comprendre les facteurs de risque de certaines maladies, notamment des maladies cardiovasculaires. Donc on y recensait des données de santé comme l'hypertension, le diabète, les médicaments pris, etc.
Antoine
Très bien. Et donc, est-ce que cette étude a montré un lien entre notre poids et notre état de santé ?
Florent
Eh bien, le poids seul n'est pas bien corrélé à la santé. Comme vous pouvez imaginer, il existe des personnes grandes, des personnes petites, etc. Mais le poids associé à la taille semble l'être. Et plus précisément, le rapport poids sur taille au carré, qui est le fameux indice de masse corporelle, également appelé IMC. Et des études de ce type ont permis de se rendre compte que celui-ci était bien corrélé à la santé. Les individus qui n'avaient pas un IMC entre 18,5 et 25 voyaient leur risque de mortalité augmenter.
Antoine
D'accord. Alors, pourtant, on entend parfois que ce n'est pas un super indicateur de santé. Alors, comment ça se fait ?
Florent
Oui, effectivement. C'est là qu'on peut se demander si ces corrélations sont le fruit du hasard ou sont liées à des relations de cause à effet. Un exemple de cela, ça serait Teddy Riner. Sur sa fiche Wikipédia, il mesure 2,04 m et pèse 145 kg. Il est donc à 1 kg près de l'obésité sévère. Et on peut supposer pour autant que c'est quelqu'un de plutôt en forme. Mais Teddy Riner, c'est plutôt l'exception qui confirme la règle. Les personnes dans la même catégorie de poids que lui ont une surreprésentation des problèmes de santé. Le poids en lui-même n'est pas la cause d'une moins bonne santé, mais est corrélé au fait que bien souvent, quand on prend du poids, c'est pas parce qu'on a pris du muscle, mais de la graisse. L'IMC, c'est donc un bon outil pour prédire la santé d'un grand groupe de personnes comme la population d'un pays, mais avec des exceptions comme Teddy Riner et donc la possibilité d'être complètement à côté de la plaque pour certaines personnes.
Antoine
Bon, et dans ce cas, il nous faut un indicateur plus pertinent.
Florent
Alors oui, mais rappelez-vous, l'idéal pour un indicateur, c'est d'être facile à mesurer dans tous les cabinets de médecine. En cela, l'IMC est un indicateur bien pratique. Un autre indicateur tout aussi facile à prendre et encore plus pertinent est le tour de taille ou de nouveau plus précisément le rapport tour de taille sur hauteur. Les sportifs massifs, mais aux abdos bien dessinés, n'y seraient pas aussi représentés qu'avec l'IMC. Quand ce rapport tour de taille sur hauteur dépasse 0,42, chaque pourcentage supplémentaire augmente les risques pour la santé.
Antoine
D'accord, et ça c'est le meilleur qu'on est ?
Florent
Alors, oui, toutes ces mesures ont pour but indirect d'évaluer la masse grasse. On sait qu'elle est beaucoup stockée sous la peau et dans le ventre, d'où l'indicateur de tour de taille. La graisse est à l'origine de beaucoup de problèmes de santé. Mais le pourcentage de masse grasse est dur à évaluer. Néanmoins, on peut l'estimer en mesurant l'épaisseur des plis de peau, avec une pince spéciale qu'on appelle la pince de Harpenden. On peut également l'évaluer avec un impédance-mètre, ces balances qui mesurent la composition du corps en envoyant une petite impulsion électrique en le parcourant. Cette mesure, elle reste également approximative. Elle dépend de l'hydratation, de la génétique et de différents autres facteurs. La mesure de référence pour cette masse grasse, c'est la densitométrie DXA, qui est une espèce de scanner détectant la densité des tissus graisseux. Mais ce type d'outil extrêmement coûteux est essentiellement utilisé en recherche et ne peut donc pas être utilisé comme indicateur pour toute la population.
Antoine
Oui, d'accord. Donc, un meilleur indicateur que le poids seul, c'est d'avoir une idée du pourcentage de masse grasse de quelqu'un, c'est bien ça ? Et que ce soit grossièrement calculé avec un IMC, ou, un petit peu plus précisément, avec un ratio tour de taille sur hauteur, ou, encore plus précisément, avec un indice de masse grasse. Mais finalement, c'est quoi le problème avec la graisse ?
Florent
La masse grasse, son problème principal, c'est qu'elle peut générer de l'inflammation chronique, qui est à l'origine de beaucoup de problèmes de santé, notamment les plus graves, comme les problèmes cardiovasculaires et les cancers, les deux types de maladies les plus mortelles, qui représentent à eux seuls plus de 50% de la mortalité de tous types confondus. Notons également que cela peut engendrer des problèmes de santé mentale, d'insuffisance rénale ou de douleur chronique. Un point important à comprendre sur cette inflammation chronique générée par le tissu graisseux, c'est qu'elle se développe lorsque les cellules sont en difficulté pour survivre. L'inflammation se développe particulièrement dans les tissus graisseux parce qu'ils ont une vascularisation sanguine souvent peu suffisante, un peu à la manière d'un garrot, ce qui est particulièrement stressant pour le corps. Donc les cellules graisseuses sont de fait mal vascularisées, or ces cellules créent de l'inflammation chronique, donc plus on en a, plus on a de risques d'inflammation. Donc l'idéal est soit de diminuer le nombre de ces cellules graisseuses, soit d'améliorer cette vascularisation. Est-ce qu'on peut faire ça ? Est-ce que c'est possible ? Vous le savez sûrement, l'activité physique et une alimentation équilibrée, ça permet de diminuer la masse grasse. Cela répond à au moins l'un de ces deux problèmes. Mais le sport a également l'avantage d'augmenter la vascularisation du corps, notamment en créant de nouveaux vaisseaux sanguins. On s'est même rendu compte que l'amélioration de la vascularisation semblait être le facteur le plus important des deux. Donc ne nous contentons pas juste d'un régime, associons-le à de l'activité physique.
Antoine
D'accord, on a compris, la masse grasse est un important facteur de risque de santé, mais sa dangerosité peut être fortement diminuée grâce à de l'activité physique. Est-ce donc le taux de masse grasse, le meilleur indicateur finalement, pour être en bonne santé ?
Florent
La santé, c'est un phénomène complexe. Pas au sens où il est compliqué, même si ça peut être le cas, mais au sens où de nombreux facteurs vont agir dessus. Et ils interagissent bien souvent en plus les uns avec les autres. C'est pour ça que nous cherchons à avoir une approche très globale de la santé. Certains facteurs sont beaucoup plus déterminants que d'autres, comme le pourcentage de masse grasse, qui dépend lui-même de notre nutrition et de notre activité physique comme on l'a vu. L'idéal pour améliorer sa santé, c'est d'avoir de bons scores sur l'ensemble de son hygiène de vie, en essayant de viser notamment les choses qui ont le plus d'impact sur notre santé. Pour information, selon Santé publique France, de nombreux déterminants ou facteurs de risque sont à adresser pour être en bonne santé. Cela va de la nutrition et de l'activité physique comme on en parlait, en passant par l'addiction au jeu, l'alcool, le climat, les drogues illicites, la santé mentale, que ce soit personnelle ou professionnelle, la santé sexuelle, le tabac, la vaccination, le sommeil et bien d'autres.
Antoine
D'accord, il y a beaucoup de facteurs de risque qui agissent sur notre santé et il y en a plein d'autres à prendre en considération que le poids. Et j'imagine donc que ces nombreux facteurs de risque recouvrent des domaines de santé, nombreux et variés également ?
Florent
Oui, effectivement, il y en a un grand nombre, mais un domaine représente à ce jour la priorité en matière de santé publique, c'est celui des maladies cardiovasculaires. Ces maladies, elles causent un tiers de la mortalité mondiale. Les indicateurs précédemment cités sont de bons reflets de ces maladies, mais si on veut les prévenir au mieux, le meilleur indicateur, ce ne serait pas le poids, l'IMC ou même le pourcentage de masse grasse, mais la VO2 max. La VO2 max, c'est la quantité maximum d'oxygène utilisable par le corps pendant un effort. Cette mesure, en fait, c'est un excellent reflet du niveau de forme cardiovasculaire de quelqu'un. C'est pourquoi c'est un excellent indicateur de santé, mais malheureusement, comme on l'a vu, les indicateurs de santé doivent être faciles à mesurer et celle-ci, elle présente l'inconvénient d'être difficile à évaluer en dehors d'un laboratoire. Mais, la bonne nouvelle, c'est qu'elle est intimement liée à ce qu'on appelle la vitesse maximale aérobie ou VMA, qui est une notion connue des coureurs. En fait, cette VMA, elle peut s'estimer seule sans avoir besoin de beaucoup de matériel. Si vous souhaitez en savoir plus sur la VMA et comment l'évaluer, nous avons consacré un podcast sur la course à pied qui en parle plus en détail. Vous trouverez le lien en description.
Antoine
Très bien, alors ça fait beaucoup d'informations. Pour résumer tout ça, l'IMC, c'est un outil intéressant pour la moyenne des personnes, mais finalement assez disparate si l'on est un profil éloigné de la moyenne. Notre ratio tour de taille-hauteur, c'est un outil facile également à mettre en place et qui est déjà un petit peu plus pertinent. Et la mesure de notre masse grasse via une pince à pli de peau ou une balance spéciale sera encore plus précise, même si ça, ça nécessite du matériel. Mais finalement, ce qui pose le plus de problèmes chez les personnes qui ont un haut taux de masse grasse, c'est le manque d'activité physique. Et en se mettant à faire du sport, en plus de perdre de la masse grasse, celle-ci sera mieux vascularisée, ce qui va diminuer de fait l'inflammation chronique qu'elle génère.
Florent
Oui, tout à fait, c'est bien cela.
Antoine
Et on a vu également que la santé est liée à de nombreuses interactions entre une multitude de facteurs et donc qu'un seul indicateur ne sera pas tout évalué. Et pour finir, le principal enjeu sanitaire, ce sont les maladies cardiovasculaires. Et l'indicateur qui donne la meilleure idée de l'état de forme cardiovasculaire, c'est la VO2 max, dont la VMA est un reflet qu'il est possible de calculer tout seul.
Florent
C'est exactement ça.
Antoine
Très bien, merci. Voilà pour ce sujet. Merci à vous de nous avoir suivis jusqu'au bout. Et merci, Florent, pour ces informations.
Florent
Avec plaisir. Merci Antoine.