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Podcast51 min

Inspiration - Courir malgré le cancer, avec Perrine Hoffmann

Lorsque Perrine a appris son cancer des ovaires, elle a décidé de continuer de pratiquer son sport, la course à pied, tout en sensibilisant sur cette maladie. Un échange très enrichissant, grâce au dynamisme et à la bonne humeur de Perrine

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Avec Perrine Hoffmann, ingénieure, en reconversion pour devenir professeure de mathématiques. Animé par Florent Viossat.

Transcription de l'épisode95 prises de parole

Générique

Bienvenue à vous, merci de nous rejoindre dans ce nouveau podcast Predicta.

Florent

Bonjour à tous, bienvenue dans ce podcast Predicta. Aujourd'hui, j'ai la grande chance de recevoir Perrine, qui va nous parler un petit peu du lien entre le sport, l'activité physique de façon générale, la prévention des différentes maladies, et notamment de la maladie qu'elle traverse. Perrine, bonjour, je te laisse te présenter à nous. Est-ce que tu peux nous expliquer un peu quel est ton parcours de vie ?

Perrine

Bonjour, je suis ravie d'être là, merci de me recevoir ici. Donc oui, moi, je m'appelle Perrine, j'ai 26 ans aujourd'hui, j'ai grandi en Charente-Maritime, à Rochefort-sur-Mer, une petite ville en dessous de La Rochelle. Et je ne faisais pas forcément plus de sport que ça. Quand j'étais enfant, je faisais de la danse : j'ai fait 13 ans de danse classique et jazz, et je faisais également du violon depuis que je suis toute petite. Et voilà, j'ai eu une enfance très heureuse. Ma mère est professeure des écoles, donc elle était très présente à la maison. Elle m'a permis de faire toutes mes activités comme je le voulais, avec toujours beaucoup… derrière nous, beaucoup d'encouragements. Donc c'est vrai que j'ai eu la chance d'avoir cette enfance-là. Et ensuite, j'ai décidé de faire une prépa pour devenir ingénieure, et donc je suis montée sur Paris pour mon école d'ingénieurs. Et ensuite, j'ai été ingénieure dans les énergies renouvelables pendant trois ans. Et c'est là que je me suis mise à la course à pied, parce que l'environnement de travail me le permettait. On avait des super locaux avec des douches, des vestiaires, et surtout tous les collègues couraient. Donc vraiment, c'était un cadre idéal. Et comme le taf était déjà très stressant dès les premiers mois de stage, je me suis mise vraiment à courir pour décompresser et pour sociabiliser avec mes collègues.

Florent

Ok, donc l'environnement collectif t'a un peu donné l'impulsion pour te lancer ?

Perrine

Oui.

Florent

Ok, chouette. Alors aujourd'hui, là, on va commencer à parler un peu de ta maladie, de ce que c'est, comment elle t'a été diagnostiquée, si tu as eu des signes avant-coureurs. Est-ce que tu peux nous en parler, si tu veux bien ?

Perrine

Alors, il y a moins d'un an, donc fin octobre 2025, on m'a diagnostiqué un cancer des ovaires, stade 3C. Il n'y avait franchement aucun symptôme. Le cancer des ovaires, c'est un cancer qui est très silencieux, qui est très vicieux, parce que j'avais vraiment aucun symptôme, si ce n'est quelques petits troubles digestifs, mais très minimes. Et je ne pouvais pas du tout savoir que ça avait un lien avec le cancer avant. Et en fait, ça a été diagnostiqué totalement par hasard, parce que j'étais suivie avant pour endométriose. Et comme, quand on fait de l'endométriose, on nous prescrit la pilule — comme ça, ça bloque nos règles et ça bloque le fait que l'endométriose grossisse —, moi, je ne voulais pas prendre la pilule, parce qu'il y a quand même plein d'effets secondaires qu'on connaît sûrement toutes et tous. Et donc, j'avais une petite endométriose, et ma gynéco était d'accord que j'arrête la pilule, à condition que je fasse vérifier mon endométriose tous les ans. Et tant que mon endométriose ne grossissait pas, je pouvais continuer à prendre une autre contraception qu'une contraception aux hormones. Et en fait, lors de l'écho de contrôle de mon endométriose l'année dernière, en août 2025, l'échographiste a trouvé une boule de billard dans mon ovaire droit et un Ferrero Rocher dans mon ovaire gauche.

Florent

Ok. Et j'imagine que ce genre de nouvelles, ça doit choquer. C'est quoi ta réaction quand tu découvres tout ça ?

Perrine

J'avoue que je ne m'y attendais vraiment pas. Surtout que les kystes ovariens, c'est très, très souvent bénin, dans la grande majorité des cas. Et il y a eu deux mois entre l'échographie où on a trouvé les kystes et le diagnostic de cancer. Et pendant ces deux mois, tous les autres tests que j'ai pu faire à côté étaient plutôt du côté de « c'est bénin ». Ils ont très, très longtemps cru que c'était des kystes qu'on appelle borderline, c'est-à-dire à la limite entre la malignité et la bénignité, et donc que c'était pas si grave, que ça allait être juste une opération par cœlio où ils enlevaient le kyste, et de la surveillance rapprochée dans les trois prochaines années. Et en fait, au moment de faire justement cette cœlio où ils enlèvent le kyste, ils ont trouvé un nodule à côté, qu'ils ont préféré envoyer directement en biopsie, et laisser le kyste en place sur le moment. Et dix jours après, le résultat de la biopsie tombe, et c'était un cancer. Alors que tous les autres tests étaient bons : j'avais fait un scanner du foie, il n'y avait rien, j'avais fait une coloscopie, il n'y avait rien non plus. Donc vraiment, ça a été un choc, un choc… Mais en fait, tout est allé très vite et j'ai assez vite rebondi. C'est-à-dire que je partais en week-end en famille ce week-end-là, et je commençais à préparer mes affaires, toute joyeuse, en me disant : voilà, en fait, c'est rien, ça va passer. Et là, ma chir, elle m'appelle à 14h, elle me dit : « J'ai eu les résultats de la biopsie, c'est pas bon, c'est un cancer, venez tout de suite à l'hôpital. »

Florent

Elle te l'a annoncé d'abord par téléphone ?

Perrine

Oui, parce que j'ai insisté. Parce que c'est moi qui ai dit : « C'est pas bon, c'est pas bon, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que c'est un cancer ? C'est quoi ? » Enfin, en même temps, quand on dit « c'est pas bon » au téléphone… même si à l'origine, elle ne voulait rien me dire.

Florent

On se doute.

Perrine

Oui. C'est moi qui ai insisté pour dire : « C'est un cancer ? C'est un cancer ? » Elle m'a dit : « Oui, venez, je vous explique tout. » Je suis venue avec mes valises et mon conjoint, elle m'a prise entre deux rendez-vous, elle m'a tout expliqué. Et après, je suis partie, j'ai pris le train. Et en fait, ouais, on a pleuré, bien sûr, il y avait énormément de tristesse pour tous les deux. Et moi aussi, je me suis dit : « Mais qu'est-ce que c'est que ça ? Pourquoi ? » Enfin, beaucoup, beaucoup de questions. Mais en fait, très vite, je me suis dit : « Bon, on sait ce que c'est, il y a un plan d'attaque et on va y aller. » Et en fait, j'ai passé le week-end en famille pour fêter… c'était les 80 ans des grands-parents de mon conjoint. Donc on a fêté ça en famille, ça a été joyeux. Et heureusement, je pense, que j'ai eu ça, parce que sinon, j'aurais passé le week-end à me morfondre. Et en fait, là, dès le début, j'ai continué à vivre le plus naturellement possible malgré le cancer, dès le premier week-end. Et après, c'était parti. Après, très vite, des rendez-vous médicaux supplémentaires, programmation de l'opération, explication de ce qui va m'attendre, etc. Et très vite, je suis dans la bataille, je suis dans le plan d'attaque. Et en fait, je ne pense plus à toutes les conséquences, et je pense juste à : maintenant, il va falloir se battre et guérir, quoi.

Florent

Ok. Et du coup, état d'esprit, objectif : se traiter au mieux. Et du coup, c'est quoi justement le traitement de ce genre de problème ?

Perrine

Alors, pour moi, ça a été d'abord une grosse opération où on m'a retiré l'utérus et les ovaires, l'épiploon, qui est le tissu graisseux qui recouvre les organes. Et en tout… enfin, ils ont fait une chirurgie exploratrice où ils ont regardé partout dans mon abdomen s'ils trouvaient d'autres petits nodules. Et en tout, ils m'ont retiré, je crois, 25 petits nodules partout dans le ventre, qui allaient du rectum au diaphragme. Donc ça, c'était quand même déjà bien propagé. Et donc, l'opération a été très douloureuse. Je pense que c'est le plus compliqué de mon parcours. Ça a été le plus douloureux, le plus… le plus… Je n'ai pas envie de dire déshumanisant, parce que le personnel hospitalier était incroyable et m'a fait sentir le mieux possible, mais oui, le plus vulnérable. C'est là où j'ai été, je pense, la plus vulnérable. Ça a été terrible. Surtout, moi qui bouge beaucoup, eh bien, beaucoup d'immobilité. Et donc, ensuite, après cette opération, j'ai subi 4 mois de chimiothérapie. Donc ça faisait 6 cures espacées de 3 semaines, donc ça faisait 4 mois de chimio, de janvier à fin avril. Et voilà. Et après, il y a plusieurs traitements antirécidive qui m'ont été proposés. Pour l'instant, j'en supporte aucun, donc je suis encore en discussion avec mon oncologue pour savoir ce qu'on fait pour la suite. Mais ce qui est sûr, c'est qu'il me laisse pas comme ça dans la nature : là, je suis extrêmement surveillée pendant les 5 prochaines années.

Florent

Ok. Donc là, t'as mis en place ce traitement. T'as dit que ça a été difficile de ne pas pouvoir pratiquer, de ne pas pouvoir rester active. Ça a donné quoi ? T'as repris le sport ? Comment ça s'est passé ?

Perrine

Oui. En fait, à part le mois où j'avais pas le droit de faire du sport après la grosse opération, j'ai jamais arrêté. J'ai jamais arrêté de courir, parce que ça me faisait du bien au corps et au mental. Et je savais que je le pouvais, parce que j'avais l'exemple d'Anaïs Quemener, qui a continué à courir pendant son cancer du sein, quand elle-même avait 24 ou 25 ans, je sais plus. Et en fait, je connaissais son parcours, j'avais lu son bouquin, et c'était hyper inspirant. Et je me suis dit : je vais faire pareil. Bien sûr, mes séances vont être adaptées, je vais courir moins vite, moins longtemps, mais je vais continuer à courir, en fait. Et ça a été une grande aide et une grande force pour toute la durée de mon parcours de soins.

Florent

Ok. Donc ça a plutôt boosté ta motivation que tiré ta motivation vers le bas ?

Perrine

Oui. Après, je ne dis pas que je courais plus non plus que…

Florent

Ok. Ça n'a pas changé ton rythme ?

Perrine

Non, c'est ça. En fait, je me suis juste dit que c'était quelque chose qui ne pouvait me faire que du bien. Et donc j'ai continué dans cet état d'esprit-là pendant toute la durée des traitements. Et en plus, j'avais le feu vert, voire les encouragements du personnel hospitalier. Parce que la veille de ma chimio, je rencontre une infirmière qui m'explique un peu : « Bah voilà, ça va se passer comme ça, on va te brancher, tu vas être dans ce fauteuil-là, t'auras ça, ou ça, ou ça, ou ça, ou peut-être pas, comme effets secondaires ; tu pourras manger ça, ou peut-être pas ça, ou peut-être ça… » Enfin, ils expliquent un peu tout ce qui est possible de faire. Et en fait, dans la discussion, j'arrive à lui dire que je suis en club d'athlé depuis deux ans, et que je cours beaucoup, et je lui dis : « Mais voilà, j'ai vu que… bah, il y avait Anaïs Quemener qui a continué à courir, moi aussi, je pourrais continuer à courir ? » Elle m'a dit : « Mais Perrine, tu cours ? » « Bah oui, carrément. » « Le matin avant ta chimio, tu vas faire un footing. Le soir après ta chimio, tu retournes faire un footing. Le lendemain matin après ta chimio, tu retournes faire un footing. Un truc qui est facile pour toi. Et peut-être que cette facilité, elle va diminuer au fur et à mesure des cures, et peut-être qu'au début, ce sera 5 bornes, et puis qu'à la fin, ça se terminera en 1 km, ce qui est déjà très, très bien. Mais va courir. Va courir matin, soir, et le lendemain matin. Ça va t'aider pour ta santé mentale, ça va t'aider pour diminuer les effets secondaires de la chimio sur ton corps, et ça va t'aider pour améliorer l'efficacité des traitements sur ton corps. » Et moi, on m'a dit de courir, donc forcément, j'étais contente. Donc j'ai respecté ces consignes, et effectivement, je pense que ça m'a énormément aidée pour tous les traitements. Bien sûr, la chimio, c'est super dur, on est hyper faible, et j'ai été très, très nauséeuse après ma chimio, mais finalement, je m'attendais presque à pire. Et je pense que le fait d'avoir couru pendant les traitements, ça a permis de diminuer énormément les effets secondaires.

Florent

Ok. Et du coup, est-ce que tu as réussi à maintenir certaines capacités physiques ? Est-ce que tu as réussi à faire des courses ambitieuses ces derniers temps ? Est-ce que tu en as en tête ?

Perrine

Alors, sur le coup, pendant les traitements, évidemment que mes capacités physiques, elles ont baissé, mais j'ai quand même réussi à faire quelques courses. Après ma première cure, j'ai participé aux départementaux de cross-country d'Île-de-France, et j'ai été sélectionnée pour le tour suivant, pour les régionaux. Bon, chez les filles, c'est ok, il y a tellement peu de densité que ce n'est pas, entre guillemets, compliqué de s'y qualifier. Mais quand même, j'ai pris le départ de la course, j'y suis allée, j'ai couru dans la boue, et je me suis qualifiée. Entre ma deuxième et ma troisième cure, j'ai fait le semi de Paris.

Florent

Ok.

Perrine

En plus, c'était le 8 mars, qui est la Journée internationale des droits des femmes, donc ça me tenait vraiment à cœur de faire cette course. Je m'étais inscrite depuis tellement longtemps, déjà bien avant mon diagnostic, donc j'avais envie de faire honneur à ce dossard. Et oui, là, pour expliquer un peu à quel point ça m'a diminuée physiquement : j'ai un record sur semi qui est à 1h34.

Florent

Bravo.

Perrine

Là, j'étais à 2h pendant le semi de Paris, entre deux cures. Donc oui, effectivement, ça m'a bien diminuée, mais j'ai quand même couru 21 bornes.

Florent

Ouais. C'était très rapide, mais malgré ça, 2h, il y en a pour beaucoup, ça serait déjà un bon record.

Perrine

Ouais, je m'en rends compte, et je sais que j'ai eu la chance de pouvoir continuer à avoir ce rythme-là pendant la chimio. Et après, j'ai fait un 10 km, 10 jours après ma dernière cure. Et là, j'étais vraiment bien affaiblie, en termes de souffle, en termes de… musculairement. La chimio… j'étais vraiment 10 jours après ma dernière cure, c'est là où c'était le plus dur dans mon corps. Mais c'était le stage du club, et du coup, je suis allée avec le club faire la course, et j'ai quand même fait mon petit 10 km en 57 minutes, je crois, donc c'est quand même honorable. Et c'était surtout une immense fierté, et un immense… un immense fuck au cancer de pouvoir faire cette course.

Florent

Voilà, trop bien.

Perrine

Et là, plus récemment, donc il y a 3 jours exactement, j'ai couru les 100 km de Millau.

Florent

Voilà, franchement… Je pense qu'il y a beaucoup de gens qui, ne serait-ce qu'imaginer ça, ça doit être difficile mentalement.

Perrine

C'était un challenge un peu fou, mais dont je suis extrêmement fière. Donc les 100 km de Millau en 12h57 minutes et 56… non, 12h47 minutes et 56 secondes.

Florent

Voilà, franchement, c'est une médaille qu'on garde de côté, ça, normalement.

Perrine

C'était fou. Et je l'ai fait en faisant une levée de fonds au profit de 3 associations contre le cancer. Levée de fonds qui est toujours ouverte jusqu'au 26 novembre.

Florent

Ok.

Perrine

Donc voilà, si jamais il y a des personnes qui sont intéressées…

Florent

Comment on fait pour accéder à cette levée de fonds ?

Perrine

On peut aller sur mon compte Insta, Perrine en bleu, et le lien de la cagnotte est dans ma bio. Et sinon, vous tapez sur Internet « Ulule 100 km contre le cancer », et vous devriez tomber aussi sur la cagnotte.

Florent

Ok, ok. Bah, trop bien, c'est noté. Est-ce que du coup, t'as d'autres courses en tête en ce moment ?

Perrine

Alors, dans les autres courses en tête, je m'étais dit : pourquoi pas faire les 80 km de l'EcoTrail en mars. Mais après mon 100 km, et là, en étant encore dans les douleurs post-course, je me questionne. Surtout que je suis en reconversion pour être prof de maths, et donc l'EcoTrail, je crois que ça tombe le week-end juste avant les concours. Donc c'est peut-être pas la meilleure idée. Donc là, non, je suis en train de réfléchir à ce que je vais faire pour la suite.

Florent

Tu te laisses le temps ?

Perrine

Oui, je me laisse le temps.

Florent

Sachant que les 80 km de l'EcoTrail, c'est ceux qui finissent en haut de la tour Eiffel, non ?

Perrine

Ah ouais, c'est ça.

Florent

Donc effectivement, je comprends qu'on prenne le temps de réfléchir.

Perrine

Mais je pense que pour l'instant, je ne me vois pas retrouver des distances classiques. Je pense que je serais trop frustrée encore de ne pas avoir retrouvé mon niveau d'avant. Et je me vois bien faire plutôt des courses un peu défis, un peu plus hors normes, comme, je ne sais pas, le semi du Mont Ventoux, ou alors des trails.

Florent

Des longues distances, des ultras ?

Perrine

Bah, j'ai trop mal aux jambes maintenant pour me dire que je vais repartir directement sur de l'ultra. C'est quand même quelque chose d'ultra, et ça demande une préparation aussi hyper importante. Donc on va peut-être se limiter à une course d'ultra tous les deux ans. Non, pour l'instant, peut-être des défis, des courses un peu plus hors normes, mais pas hors normes en termes de volume de course, de beaucoup de kilomètres. Plus des, je ne sais pas, des trails avec une trentaine de kilomètres, ce qui serait déjà très bien. Ou alors, peut-être le semi du Ventoux, ou un kilomètre vertical. Enfin, ce genre d'effort un peu moins normé.

Florent

Moins long.

Perrine

Ouais, moins long.

Florent

Ok. Une fois que tu as découvert tout ça, on pourrait avoir tendance des fois à se renfermer un peu plus sur soi ou sur ses proches. Pour autant, toi, tu t'es plutôt ouverte sur les réseaux sociaux et tu as voulu communiquer sur ce qui t'arrivait. Ça a été quoi, ta source de motivation ? Qu'est-ce qui t'a fait avoir le déclic de ça ?

Perrine

Ouais. Alors, au début, je n'en parlais pas du tout. En fait, j'ai été diagnostiquée, comme je l'ai dit, en octobre 2025, et les premiers signes de la maladie, c'était en août 2025. Et j'ai tout dit sur les réseaux à partir de janvier seulement. Donc au début, je n'avais pas forcément l'intention de communiquer trop, trop là-dessus. Et en fait, ça a été un besoin. C'est vraiment important pour… dans un souci de reprendre le contrôle, retrouver la maîtrise des choses. En fait, quand on a un diagnostic de cancer, on perd la maîtrise sur plein, plein de choses. On perd la maîtrise de notre corps, on perd une certaine liberté de faire ce qu'on veut, parce qu'on nous dit : « Bah non, là, t'as tel traitement, t'as tel traitement, t'as tel traitement. » Donc même si le personnel hospitalier est hyper compréhensif, et souvent, il nous permet vraiment de faire au plus possible ce dont on a envie… mais quand même, il faut faire sa prise de sang toutes les trois semaines, sa cure toutes les trois semaines. Et en fait, on ne contrôle rien, on fait confiance, on ne maîtrise rien, on ne maîtrise pas les effets secondaires. On a tous les poils du corps qui tombent, on a une fatigue intense, on a… enfin, ouais. Il y a beaucoup de choses qui nous échappent, on ne peut rien contrôler. Et en fait, quelque chose qui m'a aussi beaucoup affectée, c'est que quand j'ai commencé à avoir le diagnostic, ça s'est répandu très, très vite. Et parfois, des personnes avec qui j'en avais pas encore parlé étaient déjà au courant, ou alors des personnes dont j'avais pas forcément envie qu'elles soient au courant l'étaient malgré tout. Et parfois, des discussions un peu lunaires, où tu parles à une personne pendant une heure, et au bout d'une heure, tu lui dis : « Bon, il faut quand même que je te dise quelque chose », et qu'elle te regarde avec ce regard de pitié, en hochant la tête, en disant : « Oui, je sais. » Et je me dis : « Ah d'accord, donc ça fait une heure qu'on parle, tu sais… » Et c'était trop bizarre, en fait. Je savais plus qui savait, qui savait pas, et je me suis dit : « Bon, allez, stop. Je le balance sur les réseaux, comme ça tout le monde le sait, et c'est moi qui aurai décidé que tout le monde le sait. » Et en fait, je me suis prise au jeu, parce que ça m'a fait beaucoup de bien de tout expliquer, et aussi de casser un peu les codes du cancer. Je sais que quand, du coup, j'ai été malade, j'ai cherché un peu des exemples, des modèles de filles qui continuaient à vivre malgré tout, à courir malgré tout. Et ce que je voyais, c'était souvent des femmes plus âgées, atteintes de cancers différents, souvent des cancers du sein, ou des lymphomes… ou des lymphomes d'Hodgkin, donc avec des femmes aussi plus jeunes. Je n'ai pas trouvé vraiment d'exemples à suivre. Et en fait, je me suis dit que j'allais créer le contenu que j'aurais aimé trouver. Et voilà, ça m'a beaucoup aidée à affirmer aussi qui j'étais dans ma maladie. C'est-à-dire quelqu'un qui continue à vivre le plus possible, à sourire le plus possible, qui laisse beaucoup de place à ses hobbies, à ses passions. J'ai fait beaucoup d'activités manuelles pendant mon cancer, j'ai continué à aller aux entraînements du club, j'ai continué à aller à l'orchestre, j'ai continué à sourire. J'ai mis très peu de foulards, voire quasiment pas, sur la tête pour couvrir mon crâne chauve. J'ai assumé mon crâne chauve à 100 % dans la rue, et j'en étais très fière. Enfin, je pense avoir montré mon image de ce que c'est que… enfin, mon image du cancer, et ça m'a fait beaucoup de bien. Après, quelque chose que je tiens à dire, c'est que s'il y a bien quelque chose que j'ai compris pendant toute la durée de cette épreuve, c'est que tous les cancers sont différents, tous les patients cancer sont différents. Et ce que j'ai vécu, c'est vraiment personnel, c'est vraiment mon histoire. Et voilà, il y a des personnes qui préfèrent vivre ça de manière totalement discrète et silencieuse, et c'est ok. Il y a des personnes qui, comme moi, ont envie de le crier haut et fort et que tout le monde les regarde dans la rue, et c'est aussi ok. Enfin, voilà, j'ai eu pas des reproches, mais des personnes qui m'ont dit : « Bah, à quoi ça sert que tu dises tout ça sur les réseaux ? » ou « Pourquoi tu t'exposes comme ça ? » ou alors : « Non, mais c'est pas possible de faire un semi entre deux chimios, moi, j'arrive même pas à tenir debout. » Chacun est vraiment très différent, avec des effets secondaires différents, et chacun vit son cancer comme il ou elle l'entend. Et si moi, mon histoire, ça peut aider des autres, tant mieux. Mais si vous ne vous reconnaissez pas dans ce que je développe, dans ce que je partage, c'est ok, c'est pas grave. Chacun vit son truc comme il l'entend.

Florent

C'est une belle philosophie à avoir, surtout quand on est exposé sur les réseaux, avec des personnes qui peuvent justement prendre les choses très à cœur, parfois très mal, alors qu'on fait des choses pour plutôt tenter de faire du bien et essayer d'inspirer les autres. C'est peut-être probablement une des raisons, d'ailleurs, quand tu disais que tu retrouvais des femmes un peu plus âgées. C'est peut-être une sorte de : « Je sais à quoi je vais m'exposer, et j'y vais parce que j'ai une plus grande expérience de la vie et j'ose plus », entre guillemets. Est-ce que, à ton avis, c'est ça qui fait qu'il y a plus de femmes avec une avancée dans l'âge plus importante que toi qui s'exposent ?

Perrine

Non, parce que souvent, les femmes qui étaient parfois plus âgées que moi s'identifiaient finalement presque plus à mon parcours que d'autres. J'ai eu beaucoup, beaucoup de femmes plus âgées qui m'ont énormément remerciée par rapport au contenu que je produisais sur les réseaux sociaux. Non, les rageux, c'était les hommes.

Florent

Oui, oui. Ok, ils ne m'étonnent tellement pas. Alors, on a parlé de ton histoire aujourd'hui. À Predict Analyse, notre but, c'est de chercher à faire de la prévention la plus efficace possible, la plus individualisée possible, en s'appuyant sur les données de la science. Et on sait que, par exemple, à ce sujet, la prévention, ça peut jouer beaucoup dans certaines maladies. En tant que personne qui a une hygiène de vie saine, avec ce qui t'est arrivé, est-ce que ça pourrait décourager certaines personnes et se dire : « Bon, ça ne sert un peu à rien » ? Est-ce que tu considères aujourd'hui la prévention et la bonne hygiène de vie toujours comme une règle importante à suivre ? J'imagine que oui, mais c'est quoi ton ressenti par rapport à ça ?

Perrine

Oui, oui. Pour moi, c'est décorrélé. C'est-à-dire que mon cancer, il était très rare, très imprévisible. J'aurais eu l'hygiène… enfin, n'importe quelle hygiène de vie, ça serait arrivé quand même. Donc je ne peux pas dire : « Bah voilà, ça ne sert à rien d'avoir une bonne hygiène de vie, dans tous les cas, on a un cancer. » Non, c'est faux. C'est faux, parce qu'il y a des cancers et d'autres maladies qui sont justement dus à une mauvaise hygiène de vie. Ça n'a pas été mon cas. Mais justement, je n'ai pas envie d'avoir un deuxième cancer, donc je vais continuer à avoir une bonne hygiène de vie, et je n'ai pas du tout perdu foi en la bonne hygiène de vie.

Florent

Justement, ça fait un peu appel aux notions de ce qu'on appelle les déterminants de santé. Le fait que si on est en bonne santé… la définition de la bonne santé, ce n'est pas juste l'absence de maladie, c'est un état de bien-être physique, psychique, social. On sait qu'il y a plein de choses qui peuvent jouer là-dessus. Il y a effectivement l'hygiène de vie, mais il y a aussi des déterminants génétiques, qui ne sont pas uniquement liés à l'hérédité, au fait qu'il y ait les mêmes maladies dans notre famille, mais juste des combinaisons de gènes qui font que, malheureusement, on puisse avoir ce genre de maladie. Il y en a, pour certains, ça va être un peu moins des notions personnelles liées à l'hygiène de vie, mais un peu plus liées à l'environnement : on pense notamment aux pesticides qu'il peut y avoir dans notre alimentation, ou ce genre de choses, ou la pollution de l'air. Ça peut être, pour d'autres, l'accès à un parcours de soins qui soit efficace. Les études montrent que les personnes qui sont racisées, ou tout simplement qui sont des femmes, ou qui ont des catégories socio-économiques plus basses, ont tendance à être moins bien prises en charge. Est-ce que toi, dans tous ces déterminants, il y en a qui sont des combats personnels, en tout cas des choses sur lesquelles tu fais de la prévention sur tes réseaux, à ce sujet ?

Perrine

Sûrement pas assez, mais effectivement, s'il y a bien un truc que je peux dire, c'est que, surtout en tant que femme, quand on ressent qu'il y a un truc qui ne va pas dans notre corps, il ne faut pas se laisser dire que c'est rien. Il faut aller au bout du diagnostic, au bout de la prévention. On est trop souvent amenées à être face à des médecins qui nous disent : « Non, c'est dans ta tête, t'as sûrement tes règles. »

Florent

La somatisation.

Perrine

Ouais, c'est ça. Donc il ne faut pas écouter ça. Si vous sentez qu'il y a quelque chose qui ne va pas dans votre corps, il faut vraiment aller au bout de la chose, insister. S'il y a un médecin qui ne veut pas vous prescrire une écho ou une IRM, allez voir un autre médecin. Enfin, je trouve qu'il y a beaucoup ce truc, surtout en tant que femme, de… On s'oublie. On s'oublie parce que… charge mentale, parce qu'il faut s'occuper du foyer, des enfants, de… Charge mentale, quoi. Et il ne faut pas… En fait, c'est le même mécanisme qui pousse les femmes à arrêter de faire du sport, ou à le moins pratiquer aussi. C'est-à-dire qu'on s'oublie, on fait passer d'autres choses avant, alors que c'est le b.a.-ba de la bonne santé, que de faire du sport et de consulter les médecins quand ça ne va pas. Et en tant que femme, oui, je trouve qu'il faut vraiment continuer à faire ça. Et après, je suis assez d'accord avec ce que tu dis aussi par rapport au déterminisme social. C'est-à-dire que moi, du coup, on en a parlé, j'avais de l'endométriose, je faisais des échos tous les ans. C'est un certain luxe, et j'avoue que j'avais la chance d'avoir à l'époque un bon salaire, un bon travail, qui me permettait de faire ces rendez-vous de gynéco très régulièrement, d'échographie. Je faisais aussi beaucoup d'ostéo de la femme, donc avec du travail dans le bas du ventre, avec de l'acupuncture aussi, qui n'est pas remboursée. C'est devenu un luxe aujourd'hui de pouvoir faire tous ces rendez-vous médicaux qui ne sont pas remboursés. Et c'est vrai qu'une fois dans le parcours de soins, une fois diagnostiquée, une fois en ce qu'on appelle en ALD, en… je ne sais plus ce que ça veut dire…

Florent

L'affection longue durée.

Perrine

Voilà, c'est ça. L'affection longue durée, on est en all-inclusive de la Sécu, et on paye quasiment plus rien, voire plus rien du tout. Et c'est une grande chance d'être en France pour ça. Mais pour arriver à ce diagnostic, pour arriver à faire reconnaître son ALD, peut-être, eh bien il va falloir d'abord, oui, débourser des sommes parfois, pour avoir accès à un bon échographiste qui va prendre votre symptôme au sérieux, et qui va dire : « Oui, effectivement, là, il y a peut-être une masse sur l'ovaire. » Donc ouais, c'est vrai que…

Florent

Bah, même à travers ton parcours à toi, tu vois déjà que ça aurait pu ne pas être le même…

Perrine

Si j'avais… si j'avais pas eu les moyens de me payer la gynéco spécialisée dans les problématiques d'endométriose, peut-être que ça aurait pu être dramatique.

Florent

Moins repéré. Et justement, à ce propos, il y a des campagnes de prévention qui sont mises en place. Il y a Octobre Rose, qui est assez connu pour le cancer du sein. Est-ce qu'il y a une campagne de prévention qui est plus dédiée aux cancers gynécologiques ?

Perrine

Oui, effectivement, il y a Septembre Turquoise — on est en plein dedans —, qui est le mois de prévention et de sensibilisation aux cancers gynécologiques. Et moi-même, je ne connaissais pas Septembre Turquoise avant d'être touchée par un cancer gynécologique. Et c'est dommage, parce que c'est quand même des… enfin, les cancers gynécologiques, c'est 17 000 cas par an. Le cancer du sein, c'est 60 000 cas, donc c'est à peu près un rapport d'un tiers. Mais ça reste quand même hyper important. Et surtout, c'est des cancers où… enfin, on en parle très peu, alors qu'il peut y avoir de la prévention et de la sensibilisation à ces cancers. Je l'ai dit, mais le cancer de l'ovaire, c'est un cas particulier, puisque c'est hyper silencieux et vicieux. Et moi, je n'avais pas de symptômes, et dans la grande majorité des cas, pour les cancers de l'ovaire, il n'y en a pas. Mais il y a d'autres cancers gynécologiques pour lesquels il y a des symptômes, notamment tout ce qui est cancer du col de l'utérus après la ménopause. Où si vous avez un saignement après votre ménopause, c'est un signe d'alerte pour aller consulter, il ne faut pas le prendre à la légère. Je ne dis pas que si vous saignez après votre ménopause, vous avez forcément un cancer, mais ça peut mener à un cancer. Donc c'est des signes à prendre au sérieux. Et en fait, moi, je n'en avais jamais entendu parler avant d'être touchée moi-même par un cancer gynéco.

Florent

Il me semble qu'en Angleterre, par exemple, ils ont un système comme ça de détection des symptômes du cancer, où en fait, quand il y a des signes comme ça qui ne sont pas normaux, qui peuvent être liés à des cancers, ils ont des parcours de soins très directs. Et dans 9 cas sur 10, ce n'est pas du tout un cancer. Et donc on rassure les personnes qui ont ce genre de problématique : de ne pas tout de suite s'inquiéter pour quelque chose qui n'arrivera peut-être pas, mais par contre, de s'inquiéter de ce que ça pourrait être. Et donc il y a quand même une possibilité sur 10 que ce soit quelque chose à traiter, et donc qu'il faille à tout prix aller faire du dépistage.

Perrine

Et toujours dans les préventions aux cancers gynécologiques, si vous avez moins de 27 ans, vous pouvez vous faire vacciner contre le papillomavirus. Le papillomavirus, qui concerne quand même 8 000 cas par an, et qui est en fait évitable, parce qu'il y a un vaccin contre ce cancer. Donc voilà, si vous avez moins de 27 ans, hommes et femmes, les deux, allez vous faire vacciner, parce que ça permet vraiment d'être plus serein ensuite, quand on commence sa vie sexuelle, quand on est jeune.

Florent

Si vous êtes un homme hétérosexuel, c'est pour vos partenaires que c'est très important de faire ça. Du coup, on parlait d'hygiène de vie pour ton corps, pour l'hygiène de vie physique. Est-ce qu'il y a des choses que tu mets en place ? Donc a priori la course à pied, mais c'est quoi globalement tes routines de course à pied, tes routines d'entretien physique de façon générale ?

Perrine

C'est vrai que la course, ça me fait du bien. Après, je devrais faire plus de renfo. J'ai vu que ça m'a desservie pendant mon 100 km de ne pas en avoir fait assez. Donc je pense que dans l'avenir, je vais essayer d'en faire plus, parce que la course à pied, c'est bien, mais ça fait pas tout. Le renfo, c'est hyper important. Et là, j'avoue que j'en pâtis, de ne pas en avoir fait plus. Et après, oui, je prends assez soin de mon corps, parce que j'hésite pas à aller chez l'ostéopathe, chez le kiné, chez l'acupunctrice. Je vais vraiment voir des professionnels de santé, de médecine plutôt douce, qui, en fait, font extrêmement du bien. Et je ne comprends toujours pas pourquoi c'est pas plus remboursé, parce que c'est… Encore une fois, j'ai la chance de pouvoir me payer ces choses-là, mais tout le monde… enfin, c'est pas le cas de tout le monde, alors que c'est vraiment extrêmement reconnu. Donc par exemple, on n'en a pas parlé, mais le fait d'avoir perdu mes ovaires et mon utérus, ça veut dire que je suis ménopausée chirurgicalement, de manière précoce. Et donc un des gros symptômes de la ménopause, c'est les bouffées de chaleur. J'en ai énormément, ça m'affecte pas mal au quotidien. Ça me réveille plusieurs fois par nuit. Ça peut arriver en journée, que je sois debout dans les transports et que ça arrive, et dans certains cas, je suis à deux doigts de tomber dans les pommes tellement c'est intense. J'ai mon corps qui se met à perler comme s'il faisait 40 degrés en plein soleil. Enfin, c'est vraiment… enfin, c'est pas le cas de toutes les femmes, mais moi, la ménopause, c'est intense pour moi. Et quand je suis sortie de l'hôpital et que j'ai dit : « Bon, je peux faire quoi pour ma ménopause ? », on m'a dit : « Va chez l'acupunctrice. » Donc j'y allais déjà, donc ok. Et effectivement, ça me fait du bien, mais c'est pas remboursé. Et en fait, c'est vraiment dommage, parce que c'est reconnu, c'est efficace, ça marche bien, et c'est pas remboursé. Mais voilà, ça fait partie de… Pour en revenir à la question de base, oui, ça fait partie des choses que je fais pour me faire du bien au corps : les médecines douces.

Florent

Oui. Nous, là-dessus, effectivement, ce qui est compliqué d'un point de vue plus professionnel de santé, c'est qu'il y a beaucoup de choses, en fait, qui peuvent faire du bien, mais qui n'ont pas prouvé leur efficacité. Et en fait, c'est une question vraiment de régulation : si une pratique n'a pas réussi à prouver son efficacité et qu'on commence à la rembourser, du coup, pourquoi pas toutes les autres qui n'ont pas prouvé leur efficacité ? C'est une boîte de Pandore qu'on ouvre, qui est très compliquée. Je sais que, par exemple, l'acupuncture, au cas par cas, ça peut faire du bien, mais que si on fait une méta-analyse, globalement, ça fait pas beaucoup plus de bien qu'un placebo. Après, c'est : est-ce qu'on va rembourser un placebo ou pas, si ça fait du bien ? C'est un sujet très complexe, la santé publique, à ce sujet-là. En tout cas, nous, souvent, le discours qu'on dit, c'est qu'il y a des choses qui ne sont pas forcément bonnes pour la santé au sens absence de maladie. Mais, encore une fois, la définition de la santé, c'est cet état de bien-être physique, psychique et social. Et du coup, il y a un peu des sortes de seuils où on se dit : « Bah tiens, à partir de tel seuil, on considère que là, on est dans le pathologique et la maladie, et là, on est dans le bien-être. » Alors qu'en fait, c'est des trucs qui sont hyper recoupés, quand même. Quand on a mal au dos, au point où ça ne nous invalide pas, est-ce qu'on est dans le bien-être ou pas ? Est-ce qu'aller voir un ostéo ou un kiné, du coup, il y a une différence énorme sur le… On va chez le kiné parce que c'est pathologique, et chez l'ostéo quand c'est plus une question de bien-être, alors que c'est des sphères qui se chevauchent quand même beaucoup. C'est des questions assez compliquées, mais effectivement, ça met encore une fois en exergue le fait que, si ce n'est pour au moins la partie où on est un peu plus sur le « se sentir mieux »… bah là, effectivement, le « se sentir mieux », il n'est pas remboursé, et ça, c'est plus problématique.

Perrine

Moi, surtout, ce qui m'avait choquée, c'est le fait que c'est la seule… enfin, l'acupuncture, c'est la seule chose qu'on m'ait dite en sortant de l'hôpital pour lutter contre les poussées de chaleur liées à la ménopause. On ne m'a pas dit : « Prends tel ou tel complément alimentaire. » On m'a juste dit : « Bah oui, mange bien » — mais c'est déjà ce que je fais — « et va voir l'acupunctrice. »

Florent

Et une bonne hygiène de vie, faire du sport… on en revient. Parce qu'aujourd'hui, en vérité, ça reste quand même des déterminants de santé super importants. Mais si on coche déjà toutes les cases et qu'on a quand même les problèmes, on se demande qu'est-ce qui peut encore marcher. Et d'où le fait que les pratiques alternatives, des fois, répondent à ce besoin, et des fois aussi viennent se glisser dans cette zone sans offre et avec une demande forte, et parfois n'ont pas une grosse efficacité et sont plus des pratiques commerciales. Donc c'est un peu compliqué, c'est des questions vraiment complexes. Mais en tout cas, clairement, ça doit être difficile, du côté patient, de se dire : « Bah ouais, mais je fais tout ce que je peux, tout ce qu'on me conseille d'un point de vue médical qui fonctionne, et pourtant, j'ai quand même des symptômes. Comment je fais pour ça ? » Et malheureusement, des fois, effectivement, on est bien démunis en tant que professionnels de santé là-dessus. Et clairement, on conçoit qu'on puisse finir par conseiller des pratiques alternatives, en se disant : « Bah, normalement, quasiment… pour tout le monde, ça marche… ça n'a pas prouvé d'efficacité. Après, si vous avez la possibilité, les moyens, et que ça vous fait du bien, au pire, ça vous fait du bien. » C'est ça, souvent, le raisonnement. On a parlé physique, parlons un peu mental. Est-ce qu'il y a des choses que t'as mises en place pour te faire du bien mentalement, prendre soin de ta psyché, surtout avec des épreuves comme ça ? Quelles sont tes astuces ou tes méthodes ?

Perrine

Je pense que ce qui m'a fait le plus de bien, d'un point de vue psychologique, pendant les traitements, c'est de garder du lien social. Ce n'est pas toujours facile, parce que souvent, on est en arrêt. Il y en a qui décident de continuer à travailler. Moi, je n'aimais pas mon taf, donc…

Florent

Tu faisais quoi auparavant ?

Perrine

J'étais ingé dans les renouvelables.

Florent

Ok.

Perrine

Et en fait, j'ai quitté mon travail deux semaines avant mon diagnostic. Voilà, je ne m'épanouissais pas. Ce n'est pas que l'ambiance de travail n'était pas incroyable, je ne critiquerais pas le taf en soi, mais ce n'était juste pas mon truc. Je me suis rendu compte que rester assise sur une chaise, envoyer des mails et faire des tableaux Excel, ce n'était pas mon truc.

Florent

Oui, que le métier pouvait être sympathique en soi, mais l'environnement, le contact social…

Perrine

Ouais, enfin, vraiment, mes bureaux, je les aimais bien, j'avais des collègues avec lesquels j'avais beaucoup d'affinités. C'est un peu grâce à ce taf que je me suis mise à courir. De ce côté-là, c'est ok, mais ce n'est pas ce qui m'a animée. Ce n'est pas ce qui m'a animée, mon travail. Je n'avais pas forcément envie d'aller au travail. Ce n'était pas la boule au ventre, mais c'était plus : « Je n'ai pas envie de faire tel mail, je n'ai pas envie de passer tel appel, je n'ai pas envie de faire cet Excel, je n'ai pas envie de faire cette réunion. » Je n'étais juste pas épanouie dans mon travail. Et j'ai décidé de quitter mon travail pour faire une reconversion de prof de maths, ce qui est le métier que je voulais faire quand j'étais au lycée. Finalement, je reviens à ma première idée. Et donc ça, c'était malheureusement deux semaines avant mon diagnostic.

Florent

Ok. Mais du coup, ça fait partie des choses qui t'ont amené un peu de sens, c'est ça ?

Perrine

Oui. En fait, je pense que même si… bon, il ne faut pas se le cacher, financièrement, ça a été plus compliqué, le fait de ne plus avoir de travail et d'être en arrêt. Mais je pense que psychologiquement, il ne fallait pas que ça se passe autrement, parce que je n'aurais pas aimé être une sorte de collègue fantôme. Ça m'a fait du bien de pouvoir partir dans mon parcours de soins en ayant tourné correctement cette page du travail d'ingé, qui a été mon premier taf et où j'ai vécu plein, plein de choses. Mais j'étais contente de partir de ce taf-là avant de faire mon parcours de soins. Et donc on en revient à ce que je disais par rapport aux liens sociaux. Quand on est en arrêt de travail, on peut se dire qu'on ne voit plus grand monde. Et en fait, moi, j'avais la chance d'être en club d'athlé et d'être dans un orchestre associatif. Et en fait, ces deux groupes-là m'ont fait énormément de bien pendant toute la durée des traitements, parce qu'ils ont tous et toutes été extrêmement bienveillants par rapport à moi. Et surtout, ils me considéraient quasiment, voire totalement, comme une personne normale pendant toute la durée de mon cancer. Bien sûr, ils s'inquiétaient de savoir comment j'allais, où j'en étais dans mes traitements, ils faisaient des remarques sur mes cheveux. Mais je ne dis pas non plus qu'ils faisaient comme si la maladie n'existait pas, parce que ça, je ne pense pas que ce soit très simple non plus, de faire comme si la maladie n'existait pas, parce que la maladie est quand même très présente. Mais pour autant, ils me traitaient normalement. Et en fait, quand j'étais à l'athlé et quand j'étais à l'orchestre, j'étais une personne normale, et je rigolais énormément. Enfin, c'est deux cadres dans lesquels je me sens extrêmement bien : l'orchestre et le club d'athlé. Et en fait, le fait d'avoir gardé ce lien social pendant toute la durée des traitements, ça a été hyper important pour moi. Et ça m'a fait extrêmement du bien de voir des gens, de rigoler, d'être quelqu'un de normal, de faire des blagues. Je ne te raconte pas les nombreuses fois où j'ai dit « chauve qui peut » sur la piste. Ça a été vraiment un soutien énorme de la part de ces deux groupes, de ces deux associations.

Florent

Oui. De ne pas être considérée comme quelqu'un de différent parce que t'as une maladie, et que malgré tout — c'est souvent sous couvert de plein de bonne volonté, plein de bienveillance —, de vouloir l'occulter, comme si ça allait éviter le problème d'exister, etc. Et d'ailleurs, ta réponse, c'est une excellente réponse à une question très mal posée, parce que moi, je te l'ai posée en mode « quelles sont tes astuces ou tes méthodes ? », comme s'il y avait des tips, un peu en développement personnel : « C'est quoi les cinq petits trucs à faire ? », en mode « faire de la cohérence cardiaque » — qui peut être un chouette outil, au passage. Mais là, on est sur quelque chose de beaucoup plus radical, au sens « à la racine ». On vient chercher la solution pleinement dans les choses qui ont une grosse efficacité. Comme… enfin, pareil, je parle comme un ingénieur, mais quelque chose qui va énormément aider, qui va avoir un énorme impact. Effectivement, ça va être de continuer d'avoir du lien social.

Perrine

Il faut bien s'entourer, c'est sûr. Il faut bien s'entourer des bonnes personnes et des personnes qui nous font du bien. Et oui, vivre le plus normalement possible, mais tout en acceptant la maladie, ça a été mon fil conducteur. Moi, par exemple, j'ai continué justement à faire toutes les courses, mais en fait, à l'entraînement, j'ai continué à faire des petites séances, mais quand même des séances. Tu vois, les gens du club, ils arrivaient, ils me disaient : « Salut championne, tu fais quoi aujourd'hui ? » Et en fait, j'avais quand même un truc à faire en séance. Donc mon coach, il m'a vraiment accompagnée tout le long. Il m'a dit : « Bah là, tu fais 200 mètres avec eux, puis tu les laisses pour un tour, puis tu refais 200 mètres avec eux, et puis c'est très bien, ça a décrassé. » Il m'a pas du tout dit : « Ménage-toi, attention… »

Florent

« Vas-y doucement. »

Perrine

Ouais, c'est ça, pas du tout. Il m'a dit : « Éclate-toi. » Et puis à l'orchestre, c'était pareil. J'ai fait un concert… Je suis au premier rang à l'orchestre. Comme je fais du violon — pour ceux qui savent, les cordes sont devant et les instruments à vent sont plus derrière —, et donc moi, je fais du violon, et donc je suis devant. Et en plus, je suis au premier rang. J'ai fait un concert en étant extrêmement chauve, mais vraiment totalement chauve. Et en fait, c'était quand même quelque chose de très beau, et ça n'a pas du tout choqué le public ou quoi que ce soit. C'était presque une fierté pour l'orchestre : « Regardez, elle est toujours là, et c'est cool. »

Florent

J'imagine que même le public doit être un peu à se dire : « Waouh, on est impressionnés. »

Perrine

Oui, mais j'étais vraiment hyper heureuse de faire ce concert. C'était hilarant, parce que mon copupitre, il est chauve aussi. Du coup, on a un joli petit binôme de chauves. Désolée si tu m'entends.

Florent

Très, très bien. Je pense qu'on a abordé les thématiques les plus importantes qu'on voulait aborder aujourd'hui. Est-ce qu'il y a des anecdotes, des messages clés, des choses que tu voudrais appuyer pour ce mot de la fin, ou en tout cas ces mots de la fin, à transmettre à nos auditeurs aujourd'hui ?

Perrine

Je pense que ce que j'ai envie de dire — et encore une fois, c'est ma vision du cancer, et vous avez le droit de ne pas vous reconnaître dans mon parcours —, mais si jamais ce que je partage, ça vous touche, j'ai envie de dire : trouvez votre manière de faire des gros fucks au cancer, en fait. Moi, ça a été avec la course à pied : continuer à courir, continuer à me lancer des gros défis, continuer de vivre le plus normalement possible. Ça a été ma manière de faire des gros fucks au cancer, et justement de me sentir toujours vivante, et d'avoir des choses à viser, à aller plus loin, à voir plus loin dans le futur, et se dire : « Ouais, je vais faire ça, et ça ira mieux à ce moment-là, et fuck le cancer. » Avoir cet état d'esprit-là, ça m'a énormément aidée, et j'incite tout le monde à trouver sa manière de faire des gros fucks au cancer. Alors, bien sûr, je dis pas à tout le monde de courir 100 km à 5 mois post-chimio, mais voilà, c'est trouver votre manière, en fait, de transformer cette épreuve, qui est moche, en quelque chose de beau.

Florent

Franchement, c'est un super mot de la fin. Je pense qu'il faut pas qu'on en rajoute — moi, en tout cas, je vais pas en rajouter plus. Merci beaucoup Perrine d'être venue nous voir et d'avoir apporté ce super beau témoignage. Si vous souhaitez suivre Perrine sur les réseaux sociaux, c'est sur Instagram, Perrine en bleu, c'est ça ?

Perrine

Oui, c'est ça, Perrine en bleu sur Insta.

Florent

Eh bien, je vous incite tous et toutes à aller la suivre. Et merci à toi, et à une prochaine pour un podcast Predicta.

Perrine

Ciao, ciao !